jack-o-lantern

ma vie ressemble à un polar, j'ai décidé d'en retracer certaines étapes ici. Attention, vous allez être surpris. Mais est ce réel ou inventé ?

04 mai 2007

Le mystère de mon paternel (partie 41)

« Laisse Moyra en dehors de ça. De toute façon, ce n’est pas ma guerre. Ce n’est pas non plus celle de Moyra. Tu veux quoi ? Tu veux que je me batte aussi ? Tu veux que je fasse comme toi ? Parce que là, tu menaces Moyra, tu es en train de faire ce que les autres ont fait avec toi. C’est ça que tu veux ? Mais moi, je ne suis pas toi. Moi, je me battrai contre ça… »

« Calme toi. Je ne menaçais pas Moyra. Je voulais juste savoir ce que tu étais capable de faire. J’ai déjà fait suffisamment de mal à ma famille. Et puis comme tu l’as dit, tu n’as rien à faire dans cette guerre et donc rien à faire ici. Rien à faire avec moi. Désolé que tu aies fait toutes ces démarches pour rien, mais tu dois partir. »

Mais ses paroles m’ont énervé. Je rétorque

« Oh mais je n’ai pas fait tout cela pour rien, je suis venu pour rencontrer mon géniteur et maintenant, je sais que je ne dois rien attendre de lui, qu’il n’aura jamais le courage de faire face à ses actes et qu’il refusera son rôle de père comme il l’a déjà fait par le passé. »

Alors qu’il se tourne vers la sortie et commence à partir, je continue. La hargne que je mets dans mes paroles me surprend moi-même. La tension accumulée de ces quelques jours rejaillit d’un coup. J’en deviens violent, me laissant emporter par cette vague.

« C’est ça, fuis encore une fois ta vie, tes responsabilités, choisit la facilité, c’est tellement facile de tourner le dos, de partir sans avoir de compte à rendre, sans s’occuper des autres. Mais moi, je suis là, moi, j’existe et quoi que tu en penses, je suis ton fils, je suis là. Et je serai toujours ton fils. » Mais malgré mes cris, il ne se retourne pas et sort de la tour. Je l’entends appeler ses hommes et ils repartent. Je reste prostré, appuyé contre le mur. Je me sens vidé. C’est tout ? Voilà, j’ai voyagé, cherché, contacté des gens, je me suis fait arrêter juste pour une fausse discussion avec cet homme qui est mon géniteur ? Je ne sais pas vraiment à quoi je m’attendais. Sans aller jusqu’à l’embrassade pleine de guimauve, j’aurais espéré qu’il se montre un peu curieux à mon encontre, qu’il me pose des questions sur ma vie, qu’il veuille en savoir plus. Mais non, rien de tout cela. Nous avons à peine échangé quelques mots quelques phrases. Certes, j’ai compris des choses, j’ai eu son point de vue. Mais cela ne m’empêche pas d’avoir un goût amer dans la bouche. Un goût de défaite.

Au bout d’une minutes ou deux, Henry entre à son tour. Il vient et me serre dans ses bras.

« Je suis désolé Jack. J’ai entendu lorsque tu as élevé la voix. Je suis désolé que cela ne se soit pas passé comme tu l’espérais. Laisse le à sa vie. Il n’a jamais connu que cette vie en fin de compte. Il n’est peut être tout simplement pas fait pour être en famille. Toi, tu as une famille. Ta mère est là, tes grands parents sont là et moi aussi. Et puis maintenant il va y avoir aussi Aileen et Moyra. Laisse le et n’y penses plus. Tu n’as pas eu besoin de lui jusque là. Je comprends que tu sois déçu, triste. Ces derniers jours tu espérais rencontrer ton père et tu as en fait rencontré un homme qui est complètement étranger et qui n’est que ton géniteur. En tournant le dos à la vie qu’il pourrait vivre, Liam ne sait pas ce qu’il perd. Moi, je le sais, moi je vous connais ta mère et toi et Dieu m’est témoin que vous êtes ce qui compte le plus pour moi. Laisse le partir Jack. Il ne te mérite pas. »

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30 avril 2007

le mystère de mon paternel (partie 40)

Après ces déclarations, je ne sais pas vraiment quoi dire. Même si au fond de moi je sais que cet homme est mon père et que cette idée fait qu’il y a ce sentiment, cette envie de pouvoir faire quelque chose pour lui. Même si je ne sais finalement pas grand-chose, si je ne le connais pas. Je sais qu’il a fait du mal. Il en a fait aussi à ma mère et à moi. Il a tué, il a blessé, il a trahi. Il est devenu quelqu’un qu’il ne voulait pas devenir. Mais en même temps, il voulait aussi devenir cet homme là car on ne devient pas ainsi lorsqu’on ne le veut pas ou alors cela entre dans le domaine de la folie et de la psychanalyse. C’est Freud qui serait heureux là. Je suis donc partagé entre deux sentiments : l’envie de le rassurer sur le fait que quoi qu’il ait fait je reste son fils et que même si on ne peut remonter le temps, il y a sûrement un moyen de changer, même pour lui et l’envie de ne rien faire. Mon cerveau est en train de fondre sous le questionnement. Je respire fort, lentement, essayant de me calmer. Je ferme les yeux. Je l’entends respirer lui aussi, il marche. J’entends ses pas sur le sol de terre de la tour.

Lorsque j’ouvre à nouveau les yeux, il me regarde. Son expression n’est plus celle de l’homme dur de tout à l’heure. Alors que je suis encore en train d’hésiter, de me poser des questions, les mots sortent de ma bouche.

« Mais tu sais, je reste ton fils, quel que soit le passé. Il ne faut pas rester sur le passé. Le passé est le passé. Mais nous ne vivons pas dans le passé. »

Encore un silence. Son regard change sous mes yeux alors que la signification de mes paroles marque son impact. Je vois ce changement. Du moins il me semble. C’est peut être une hallucination tellement je veux que mon père puisse changer. Je n’en sais rien. Sur le moment, je sais juste que je veux qu’il change, qu’il ne soit plus cet être capable du pire, qu’il ne se batte plus, qu’il ne fasse plus le mal. C’est peut être prétentieux, mais je pense que si on le pardonne, alors il se pardonnera lui aussi et pourra voir plus loin, vivre à nouveau et changer. A cet instant, je me rends compte de la fragilité qu’il y a entre nous mais de la puissance et de l’importance que ce lien, aussi fin soit il, de ce fil qui nous relie peut avoir. Importance pour lui, pour moi et même peut être pour bien plus de gens.

« Je ne sais pas si cela est possible, si c’est une bonne chose. Je suis ce que je suis. Je me bats pour une cause, pour la cause. Mon but est maintenant de finir ce que j’ai commencé. Mais je ne veux pas que tu te sentes obligé parce que tu es mon fils de te battre toi également. Même si je suis ton père biologique, je ne me suis véritablement conduit en père que durant tes deux premières années de vie. »

« Tu sais, s’il y a certains traits dont j’ai hérité de toi, à part tes yeux, c’est ton caractère, comme Aileen me l’a dit. Alors si je viens me battre, ce n’est pas parce que je suis ton fils car effectivement, dans les faits, l’homme qui est venu avec moi et qui m’attends dehors a plus été un père dans les actes comme tu dis, que toi. Mais je ne suis pas né dans cette guerre alors je ne compte pas m’en mêler. Je n’ai pas assez de sang Irlandais dans les veines pour que cela me touche. »

Mon père se tourne alors et me lance :

« Même si Moyra Gallagher venait à être blessée ? Parce que j’ai entendu dire que tu l’appréciais… énormément. En même temps, je te comprends, elle est le portrait craché de sa mère »

J’accuse le coup et mes poings se sont fermés. Comment ose t’il menacer ainsi Moyra ?

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27 avril 2007

Le mystère de mon paternel (partie 39)

Puis, mon père reprend sa narration :

« Et puis alors que je préparais mon retour, j’ai eu des nouvelles des personnes que j’aimais ici. Une grande partie du réseau avait été démantelé. Des centaines d’arrestations. Mon oncle, mes amis se sont retrouvés derrière les barreaux. C’est avec l’aide d’Aileen que j’ai pu revenir. Avec son aide également que j’ai pu faire évader un bon nombre de mes amis. Je me suis retrouvé de nouveau en meneur d’hommes, en chef de guerre. Je me suis plongé dans la lutte pour vous oublier, toi et ta mère. Je me suis fait happer par cette époque de lutte, cette époque sanglante. Je suis devenu plus dur, plus méchant. Chaque coup que l’armée Anglaise nous donnait lui était rendue. Faire que l’Irlande du Nord soit de nouveau unifiée avec l’Eire était devenu ma raison de vivre. J’ai remonté un réseau, assemblé de nouveau des partisans. Mais en 4 ans d’absence, bien des choses avaient changées. La haine envers l’Angleterre dont je me nourrissais grandissait au fur et à mesure des batailles et des actions de répressions. Je me suis laissé entraîner dans cette lutte, submerger totalement. Ensuite, sont arrivés les drames dont Aileen a déjà du te parler. J’ai perdu ceux que j’aimais, j’ai perdu ma famille comme j’avais abandonné ma femme et mon fils. Maintenant, je continue cette lutte parce que c’est tout ce qu’il me reste. Parce qu’elle est devenue ma compagne de chaque jour. Alors tu n’as pas de morale à me faire. Je sais ce que je suis. Je sais comment je le suis devenu. Je ne le sais que trop. »

Je sais pourquoi il est ainsi. Maintenant que les pièces du puzzle se mettent en place, je comprends. Enfin, il reste quand même cette part de moi qui se place en victime et qui lui en veut. Car je lui en veux de nous avoir abandonné ma mère et moi. Et je reste quand même persuadé qu’il y avait d’autres solutions. Je ne peux ôter cette sensation, cette idée qu’il a choisi la facilité et la fuite. Que s’il en avait parlé à ma mère, à eux deux, ils auraient trouvé une solution. En fait, j’analyse mon ressentiment comme un constat d’échec en quelque sorte. Car j’ai compris qu’il ne viendrait pas avec moi en France. Je ne sais pas vraiment si c’est réellement ce que j’espérais, mais je prends cela comme un demi échec par rapport à ce que je suis venu chercher ici. Certes, j’ai mes réponses. Certes, Henry est dans les faits et dans mon cœur comme un père. Certes, après 17 ans d’attente, 17 ans sans cet homme dont le sang coule dans mes veines, je l’ai retrouvé. Mais est ce pour mieux le perdre ? Est-ce juste pour avoir une discussion comme celle-ci ? Même pas une discussion de père à fils car nous n’avons là qu’une discussion d’homme à homme. Chacun avec sa vie, avec son passé, avec ses espérances. Je me rends compte que si lui a été égoïste en partie, je le suis moi aussi maintenant. Comment pourrais je en vouloir à un homme qui a sacrifié son bonheur pour protéger et sauver ceux qu’il aimait ? Comment en vouloir à un homme qui a tout perdu et n’a plus, comme point de repère, que la violence d’une lutte qui dure depuis près de 80 années et qui ne mènera probablement à rien ? Comment ais je pu penser une seconde qu’un homme qui s’est plongé dans la violence ainsi, capable de tuer, pouvais tout arrêter et venir avec moi en France ? Et tout cela sans penser une seconde à ce qu’Henry peut bien penser, ressentir. Il est venu avec moi dans cette aventure et pourtant, c’est pour retrouver celui que ma mère a aimé avant lui.

Le silence a de nouveau pris le dessus.

« Je comprends. Je sais maintenant ce qu’a été ta vie. Je sais combien tu as pu souffrir. Mais tu sais que nous sommes là maintenant. Je sais que ton monde est loin de celui que tu aurais pu avoir si tout ne s’était pas passé comme cela s’est fait. Mais quoi que tu en dises, maintenant tu sais que je suis là. Penses tu vraiment que cette guerre mènera à quelque chose ? Je sais que cette lutte est tout ce que tu penses encore avoir. Je sais que tu t’y accroches comme un rocher. Mais je crois que ce n’est pas cet univers de guerre, que tu ne connais que trop bien qui pourras t’apporter ce bonheur que tu recherches. Je crois qu’il y a maintenant une autre solution. »

« Je ne sais pas s’il y a une autre solution. J’ai perdu ta mère, j’ai perdu ceux que j’aimais. J’ai perdu tant de choses que cette lutte est devenue la seule chose qui me reste. Je ne suis plus qu’un guerrier. Je suis recherché par la police et l’armée. J’ai blessé et tué. Je ne sais pas si j’ai droit au bonheur. Du moins, je n’y crois plus. »

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26 avril 2007

Le mystère de mon paternel (partie 38)

« Je suis venu en France suite à un attentat qui avait tué un enfant parmi 11 victimes. J’ai compris à ce moment que nous étions allé trop loin. Je suis donc parti, je ne voulais plus être actif, je ne voulais plus rien avoir avec la cause. Je suis venu en France. Pourquoi avoir fuit l’Irlande ? Parce que tout simplement, les autres ne voulaient pas me laisser stopper. J’étais l’un des meneurs, l’un des membres les plus actifs. A cette époque, l’IRA perdait de plus en plus de membres, soit parce qu’ils faisaient sécession et créaient des mouvements dissidents, soit parce qu’ils se rangeaient. Je me suis donc installé à Paris. J’effectuais des petits boulots. J’ai rencontré ta mère dans un pub. Je ne voulais pas m’attacher, mais elle a voulu me dessiner, me peindre. Petit à petit, à force de nous voir, nous sommes tombés amoureux. Je savais que les autres n’étaient pas loin. J’ai poussé ta mère pour que l’on s’éloigne de Paris. Nous nous aimions vraiment. Mais chaque fois que je sortais avec elle ou seul, je devenais parano. Nous nous sommes mariés l’année de notre rencontre. Puis, ta mère est tombée en ceinte. J’ai alors été contacté par des amis depuis l’Irlande qui m’ont prévenu que ceux de l’IRA étaient sur ma piste. Je pressais de plus en plus ta mère pour partir de Paris, donnant tous les prétextes possibles. Nous avons finalement convenu de partir après ta naissance. Deux semaines avant ta naissance, j’ai… été contacté par l’IRA. Ils m’ont laissé un message facile à comprendre. Soit je rejoignais de nouveau la cause, soit ta mère et toi disparaissiez.

Et puis tu es né. Nous sommes parti nous installer en Normandie. Ce fut la meilleure chose. Ils ont perdu ma trace. Nous avons vécu comme un couple normal, loin de tout. Ce furent des mois de plaisir, de bonheur. Une vie normale, une vie à laquelle j’aspirais de tout mon cœur. Te voir grandir, vivre avec vous, avoir l’amour de ta mère étaient les meilleures choses qui m’étaient arrivés depuis longtemps. Petit à petit, je me suis fait à cette vie simple. Je faisais des petits boulots, me servant de mon habileté à réparer les objets. Je retapais les meubles, réparais les postes radios, faisais de petits travaux. Ta mère peignait et vendait ses toiles. Nous nous débrouillions. Sauf que forcément, mon passé m’a rattrapé. Un jour, une lettre est arrivée. Je l’ai prise sans que ta mère ne la voit car sur l’enveloppe, il y avait un code. Une date exactement. La date du Bloody Sunday, le 30 janvier 72. Cette date est gravée dans ma mémoire mais aussi dans ma chair, au plus profond de moi. Donc, cette date signifiait que la personne qui avait envoyé cette lettre savait qui j’étais et qu’elle savait ce que cette date représentait. Je suis parti ce jour là. Je me suis isolé toute la journée dans les grottes des falaises afin d’être abrité de la pluie et du vent de novembre. J’ai lu et relu cette lettre. J’ai beaucoup réfléchit avant de la déchirer et de la jeter à l’eau. Ma décision était prise. Tu veux savoir ce qu’il y avait dans cette lettre ? Tout était écrit en Gaélique Irlandais. Il n’y avait pas grand-chose d’écrit dessus. Juste quelques mots : Nous savons. Tu dois revenir et te battre à nouveau. Sinon, toi et les tiens porterons la marque noire de l’Oglaigh na Heireann. »

Il fait une pause. Je l’ai laissé parlé. Sa respiration s’est accélérée. Se remémorer ces moments d’une autre vie, la vie qu’il aurait aimé vivre lui fait mal.

« Et à part le fait qu’ils t’aient retrouvé, ça veut dire quoi tout ça ? »

« La marque noire, c’est la cagoule. La cagoule des condamnés à mort de l’IRA. Et l’Oglaigh na Heireann c’est le nom Gaélique de l’IRA. Ce qui voulait dire que c’était quelqu’un d’influent au sein de l’organisation qui m’envoyait ces menaces. Ce qui voulait dire que vous étiez en danger et que vous le resteriez ta mère et toi tant que je ne serais pas rentré au pays et que je n’aurais pas repris les armes. Du coup, ma décision fut prise rapidement. Il m’a fallut préparer mon départ, reprendre contact avec des amis, avec ma famille et ensuite, je vous ai laissé. Lorsque je suis rentré ici, en si peu de temps, bien des choses avaient changées. »

Un lourd silence s’impose alors. Sa respiration s’est calmée. Il a repris le contrôle. Un masque dur s’est de nouveau formé sur son visage. Il a ouvert les yeux et me regarde, de son regard gris. Le même regard que moi.

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24 avril 2007

le mystère de mon paternel (partie 37)

Mon père ne s’est toujours pas retourné. Je réalise alors qu’il tente de me faire partir, il tente de fuir ma venue. Il a cherché à me pousser à partir. Il veut encore une fois fuir ses responsabilités et se cache derrière nos univers différents. Mais je veux le mettre face à son passé, face à son présent et face à un de ses futurs. Je me décale lentement. Le silence pèse. Je décide de le briser tout en continuant à le contourner. C’est comme apprivoiser un animal sauvage et craintif.

« Bon. Qu’est ce qu’on fait alors ? Chacun repart dans son monde et voilà, on ne s’est jamais rencontré ? Tu n’as jamais rencontré maman, ne l’as jamais aimé ? Je ne suis pas venu au monde ? Tu ne m’as jamais tenu dans tes bras ? C’est ça que tu veux ? Effacer ton passé ? Effacer ce que tu as fait avant pour te plonger dans ta lutte ? Tu veux encore fuir c’est ça ? En fait, tu n’aimes pas affronter en face les problèmes. C’est pour ça que tu pose des bombes, c’est pour ça que tu nous as abandonnés, maman et moi. »

Je suis arrivé à le voir de profil. Il a fermé les yeux. Je vois ses poings fermés, serrés. Je le sens énervé. « Tais toi. Tais toi. Tais toi… Tu ne sais pas de quoi tu parles. Tu ne sais rien. C’est pour vous protéger, toi et ta mère que je suis parti. Et puis tu n’as jamais vu des membres de ta famille mourir sous tes yeux, tu n’as jamais vu tes amis se faire tabasser par les flics jusqu’à ne plus pouvoir marcher ou se relever tellement leur corps est en miettes. Tu n’as jamais vu les flics charger alors que les enfants sont dans les rues et ces flics qui ne font aucune différences entre des passants et des manifestants car tout ce qui les intéresse c’est de frapper sur des Irlandais. »

Je suis maintenant face à lui. Il a toujours les yeux fermés. Son visage est marqué, creusé par les épreuves. Mais je reconnais certains traits de mon visage. Le nez, le menton. Les sourcils et les yeux légèrement enfoncés. Un rayon de lumière et j’ai aperçu le reflet des larmes sur ses joues. « Tu vas maintenant me faire le couplet de la victime ? Que ce n’est pas ta faute si tu as tué des gens ? Si tu nous as abandonné maman et moi ? Que c’était pour ne pas nous mêler à tout cela que tu as préféré priver une femme de son mari, de son amour et un fils de l’amour de son père ? Excuse moi, mais j’ai du mal à le croire. J’ai du mal à voir le sacrifice d’amour que tu as fait en nous abandonnant et en revenant ici pour tuer des innocents. Et maintenant, tu voudrais à nouveau fuir ? Non, trop facile. J’ai attendu durant près de 17 ans pour rencontrer mon père biologique. Je ne compte pas tout laisser tomber maintenant... »

Là, il ne me laisse pas finir et hurle « Ferme là ! Maintenant, tu vas m’écouter et arrêter de faire ton petit con. »

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23 avril 2007

Le mystère de mon paternel (partie 36)

Il est un peu plus grand que moi. Quelques centimètres. Les cheveux poivre et sel avec les tempes grisonnantes. Je m’approche. Mon cœur bat très fort. Ca y est, c’est lui, il est là. Le pourquoi de cette aventure, de ce voyage. Celui que je recherche depuis tellement longtemps. Je ne sais par quoi commencer… Que doit-on dire lorsqu’on rencontre son père, lorsqu’on le rencontre pour la première fois ? Doit on se comporter en fils ? En étranger ?

« Euh… Bonjour… »

« Pourquoi es tu venu ici ? »

« Et bien euh… pour te rencontrer… du moins, je pense. »

« Mais tu sais ce que j’ai fait, tu sais qui je suis. Pourquoi vouloir rencontrer quelqu’un comme moi ? »

« Oui, mais il s’est passé un léger incident dans ta vie il y a 19 ans. Tu sais un truc du genre accident de parcours… alors que tu t’étais mis au vert. Et cet accident ben il veut savoir … »

« Savoir quoi ? Y a rien à savoir. Tu n’aurais jamais du venir jusqu’ici. Et moi, je n’aurais jamais du accepter de te rencontrer. Ce n’est pas le meilleur moment. Les flics sont après moi et c’est dangereux »

« Je sais tout ça. Mais n’est il pas normal pour un fils de vouloir retrouver son père ? N’est il pas normal de vouloir le connaître ? J’ai passé une partie de ma vie sans même savoir si tu étais encore vivant. Tu penses que c’est normal ça ? »

Un silence s’impose après ce bref échange durant lequel nous avons chacun élevé la voix. La tension est montée d’un cran. Ce n’est pas devenu une rencontre, mais un affrontement. Je ne sais pas pourquoi c’est parti ainsi. Peut être que je n’étais pas prêt, peut être que lui non plus. Peut être que j’attendais quelque chose de plus de sa part.

« Bon écoutes, je n’ai pas une vie facile. Que tu viennes ici me voir est dangereux. Que tu existes vis-à-vis d’autres personnes est dangereux. Dangereux pour moi et pour toi. Je ne suis pas doué pour faire autre chose que la guerre. Les deux seules femmes que j’ai aimé ne m’ont pas réussi : j’ai abandonné l’une et tué l’autre. Je n’ai rien à t’offrir. Je n’ai pas été un bon père et ne le serai sans doute jamais. Alors tu n’as rien à faire ici. »

« Mais quand donc cesseras tu de ne penser qu’à toi ? Est-ce que tu t’es seulement demandé ce dont nous avions envie maman et moi ? Tu veux que je te dise ? On dirait un gosse capricieux. Voilà ce que tu es. Un gamin qui veut un jouet et qui fait une crise pour l’avoir. »

« Mais tu ne sais rien du combat que je mène. Rien de tout ce qu’il se passe ici. Tu n’es pas Irlandais. Tu ne peux comprendre. »

« Comprendre quoi ? Que par la faute d’une poignée d’hommes et de femmes comme toi c’est tout un peuple qui souffre ? Que parce qu’il y a des gens qui pensent que la violence peut changer l’opinion il faut mettre à feu et à sang un pays ? Mais ouvre les yeux putain !!! Nous ne sommes plus à l’époque Thatcher. Il y a des efforts qui sont fait et toi tu envoies bouler tout ça pour quoi ? Pour ta fierté ? Pour que l’on garde ton nom dans l’histoire ? »

« Tu ne sais pas de quoi tu parles. J’ai vu mes parents, ma famille, mes amis crever sous la botte des Anglais. J’ai vu des manifestations se faire réprimer par la force de l’armée et par les soldats. J’ai vu les libertés bafouées… »

« j’ai, j’ai, je, j’ai… Tu n’as que cela à la bouche. C’est bien ce que je dis, tu te bats pour toi. Mais pas pour l’Irlande. Mais regardes, combien de combattants as-tu encore ? Qui veut encore d’une guerre qui dure depuis si longtemps. Tu te bats pour toi, mais tu as une famille, enfin, tu avais une famille. Comme tu le dis, tu as perdu les deux femmes qui t’ont aimé. Tu les as perdu parce que tu les as abandonnées les deux. L’une après l’autre. Pour te sauver toi, parce que tu n’as pensé qu’à toi. »

Comment oses tu dire cela alors que si je suis parti d’Irlande c’était pour les protéger, parce que si je restais, je les mettais en danger. Et si je suis parti de France c’est pour les mêmes raisons. Car il y a bien des choses que tu ne sais pas. Toi tu as grandi loin de tout cela. Tu as grandi dans ta petite bulle dorée et c’est tant mieux. Alors retournes y dans cette bulle, dans ton univers. Tu n’as rien à faire ici… »

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20 avril 2007

le mystère de mon paternel (partie 35)

Nous nous dirigeons donc vers Newcastle, Dundrum se situe entre Downpatrick et Newcastle. Nous arrivons sur le site en une vingtaine de minutes. La boule d’angoisse est de nouveau présente. Enfin, après ces péripéties, après 17 ans, je vais retrouver mon père. Enfin, mon père génétique, mon père naturel, parce que celui qui s’est conduit comme mon père jusqu’à présent, il est à mes côtés et c’est lui qui conduit la voiture. C’est Henry. Je pense qu’il me considère également comme le fils qu’il n’a pas eu. Ainsi, nos relations sont bien celles d’un père et de son fils. A ce moment, des doutes m’assaillent. Finalement, je ne connais pas du tout l’homme que je vais voir. Il n’a jamais été présent dans ma vie. Pourquoi veux-je absolument le rencontrer ? Pourquoi n’ais je pas, comme ma mère accepté son choix de sortir de nos vies, de nous laisser, nous abandonner ? Je ne sais que très peu de choses sur lui. Et pas forcément des choses très gentilles. Même plutôt le contraire. Il est un assassin, un terroriste. Il peut être violent, il l’a déjà prouvé. Il est engagé dans une lutte qui me dépasse et qui ne sera sûrement jamais finie tant qu’il y a des gens comme lui. Bref, il ne sait rien de moi et je ne sais rien de lui.

Forcément, d’autres questions affluent. Que va-t-il se passer ? Je vais débarquer pour trouver un mec, un dur de dur qui doit avoir marqué sur son front : « je suis un terroriste et j’aime tuer des gens » et vais lui dire « salut papa, voilà, tu nous a laissé tombé il y a plus de 16 ans, maman et moi  et maintenant, va falloir jouer ton rôle de père » ? C’est vraiment une idée de merde que j’ai eu. Une idée égoïste. Vouloir retrouver un père, qui n’a jamais été présent dans ma vie, à tout prix, sans se soucier des conséquences ? Pour moi, bien sûr, cela ne change rien. Ma vie n’en sera pas tellement déboulonnée. Je vais aller à la fac, passer des concours et ensuite trouver un boulot et faire mon petit chemin. Mais à part ça ? Lui, et ces gens qui le suivent dans cette guerre ? Et ces personnes dont j’ai dérangé la petite vie ? Aileen qui a finalement appris qu’elle avait un petit neveu, Moyra et ses grands yeux verts, sa famille adoptive… Et que va-t-il se passer si mon père veut me garder auprès de lui ? Si tout d’un coup, il voulait avoir son fils comme bras droit ? Comme lieutenant de cette armée de  révolutionnaires ? S’il ne voulait pas que je parte ? Que va-t-il se passer pour Henry ? Pour ma mère ? Après tout, il est recherché par la police de tout un pays… D’un coup, je ne sais plus si je veux le rencontrer. Je suis sur le point de demander à Henry de faire demi tour. Mais non. Je suis allé trop loin. Je ne peux plus faire machine arrière, car il s’est que je l’ai recherché, que j’ai voulu le rencontrer. Et puis j’ai envie de savoir. Je ne sais pas quelles réponses seront apportées par cette rencontre, ni à quelles questions, mais je veux des réponses.

Nous arrivons à Dundrum. Henry gare la voiture sur le parking. Nous entrons, comme deux touristes, d’autres voitures sont là. Nous entrons dans l’enceinte des ruines par les restes du pont fortifié. C’est un château féodal. Il a été construit au 12 ème siècle par la famille du légendaire aventurier Normand John de Courcy après qu’il eut envahit l’Ulster. J’aperçois deux hommes devant les restes d’une tour qui a dû être le donjon. Henry et moi approchons. Les deux hommes nous voient arriver. Ils portent  l’un un blouson de cuir marron un peu passé et l’autre une veste de tweed qui fait très British. Avec le soleil qui est présent, la température est plus que clémente et je pense qu’ils doivent avoir chaud. Le plus petit (celui avec la veste de tweed) me demande si je suis Jack.

Je lui réponds positivement avant qu’il me demande de le suivre tout en faisant signe à Henry de stopper et d’attendre ici. Juste avant d’entrer dans la tour, je suis fouillé sommairement. Lorsque j’entre, deux autres hommes sortent de la tour. Je les vois à peine tellement mon regard est concentré sur une silhouette à l’intérieur de la tour. Un homme me tourne le dos.

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19 avril 2007

le mystère de mon paternel (partie 34)

45 minutes plus tard, nous voilà arrivés à Downpatrick. Cette ville est dédiée au saint patron de l’Irlande et des Irlandais, comme son nom l’indique. Ici, tout concerne St Patrick : on y trouve la St Patrick’s Cathedral sur une colline dominant la ville avec la tombe du saint (en fait, nul ne sait s’il est réellement enterré sous l’énorme dalle. On y trouve également un musée sur la vie de ce saint Irlandais. Bien sûr, nombre de commerces et échoppes portent également le nom du saint. Nous nous baladons un peu puis nous allons manger au Denvir’s Hotel. C’est un endroit fortement symbolique. Le plus ancien relais de chevaux de la ville transformé aujourd’hui en hôtel a abrité nombre de visiteurs illustres tel Jonathan Swift et surtout, aurait servi de base et refuge aux United Irishmen, mouvement de résistance Irlandaise face aux Anglais durant le 18ème siècle. Le bâtiment est présent depuis 1642. Un ancien propriétaire aurait même donné son nom à la ville de Denver, aux Etats-Unis au 18ème siècle lors de sa fondation.

Nous nous installons dans la partie restaurant et nous prenons avec plaisir un bon repas. Henry regarde autour de lui, cherchant nos suiveurs ou je ne sais qui.

« Normalement, Pàdraic m’a dit que son neveu travaillait ici et que ce serait lui notre contact. Pour l’instant, je ne vois pas non flics. Ils n’ont pas dû nous suivre à l’intérieur. »

Je me lève et fais un tour de la salle. Il y a également une petite salle séparée mais elle est occupée par un groupe d’américain arborant fièrement qui des stetson, qui des bannières étoilées sur leur t-shirts. La salle est relativement pleine et je comprends mieux le choix de Pàdraic pour ce lieu. Triple utilité : le monde d’abord, car lieu prisé des touristes, utile car son neveu y bosse, bien qu’il n’ait pas encore pris contact avec nous et symbolique du fait de l’histoire de cette ancienne auberge. Arrive le dessert. C’est carrément le chef en second qui nous l’amène. En le voyant arriver, pas de doute, le même regard que Pàdraic.

« Bonjour, je suis votre contact. Voilà vos desserts. Lorsque vous les aurez finis, venez me voir en cuisine. Je vous ferez passer par derrière. J’ai repéré les deux policiers, ils attendent que vous sortiez. Ils sont en terrasse du pub en bas de la rue. »

Nous nageons donc en plein film d’espionnage. Les desserts sont à l’image de l’ensemble du repas : délicieux. Puis nous nous dirigeons vers les cuisines. Le neveu nous y accueille avant de nous précéder. Nous sortons par la porte de service des cuisines pour nous retrouver dans la cour intérieure de l’hôtel. Puis, nous passons par une chambre du rez-de-chaussée, traversons le couloir et entrons dans une autre chambre. La porte fenêtre donne sur le jardin, derrière la bâtisse. Au bout du jardin, une porte fermée à clef qu’ouvre notre ami. Il nous indique une voiture garée plus loin dans la rue et nous tend les clefs.

« Voilà ma voiture. Vous remontez la rue puis tournez à gauche pour sortir de la ville. Essayez d’être là avant 17h, cela évitera que nous nous retrouvions trop impliqués. Bonne journée et bonne chance. »

Nous nous serrons la main. Simple, rapide, efficace. Je comprends d’autant plus pourquoi Pàdraic a choisi cet endroit. Nous montons dans l’Opel rouge et démarrons. Direction Dundrum et ses ruines. Direction… mon père.

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18 avril 2007

le mystère de mon paternel (partie 33)

Nous nous sommes rendormi quelques heures. Lorsque je m’éveille, l’odeur de Moyra est toujours présente mais elle n’est plus à mes côtés. Je ressens pour la première fois le vide laissé par une fille lorsqu’elle n’est plus à mes côtés ; Certes, j’ai déjà été amoureux, mais pas autant ensorcelé. Moyra, mon ange roux s’est envolée. Je jette un coup d’œil à ma montre, posée sur la table de chevet. 9h23. Ca va, ce n’est pas excessif et j’ai même le temps de prendre le petit déjeuner. Je sais que je n’ai pas assez dormi, mais je suis tellement heureux de cette nuit que je suis plein d’énergie. Je m’habille et descend prendre le petit déjeuner. Henri est assis dans le hall, il lit le journal.

« Et bien jeune homme, pas trop tôt. Ta douce n’a pas voulu te réveiller mais elle te fais plein de bisous m’a-t-elle dit »

Rougissant, je m’excuse et file avaler mon petit déjeuner.

Lorsque je reviens dans le hall de l’hôtel, Henri est toujours là.

« Elle est partie à quelle heure ? »

« Il était à peu près 8h et demie lorsque je l’ai vue. Je suppose que la nuit fut courte. Veux tu dormir encore ? Nous avons le temps, nous devons être aux ruines vers 15h… »

« Je dois dire que ce ne serait pas de refus. Je vais aller me recoucher. Je te rejoindrai pour le déjeuner ici vers midi, ok ? »

« Ca me va. Bonne fin de nuit Dom Juan »

Repiquage de fard. Je monte quatre à quatre l’escalier et retourne dans les bras de Morphée.

Allongé dans mon lit, mes pensées vont bien sûr vers Moyra et vers la rencontre de tout à l’heure. Encore une fois, les doutes m’assaillent. Comment tout va se dérouler ? Et vis-à-vis de Moyra, que dois je faire ? Je pense que je suis amoureux. Je sais que je ne peux rester ici. Je sais que je vais souffrir et elle aussi. Je pense que, comme moi, les sentiments sont nés pour elle vis-à-vis de moi. Seul, dans cette chambre avec mes doutes, je me sens seul face à une déferlante. Mais comme je ne peux éviter de faire face, je repousse mes questions et comme bien souvent, la fatigue a raison de moi. Morphée m’accueille et toutes mes questions disparaissent, temporairement au moins.

Réveil difficile avec la sonnerie stridente de ma montre. Sage précaution de l’avoir programmée parce que parti comme je l’étais, j’aurais dormi davantage. J’ai un peu de mal à émerger. Le soleil brille mais le ciel n’est pas complètement bleu. Je prends une douche, m’habille et descends dans le hall où je retrouve Henri. Une boule de stress commence à grossir dans mon ventre. Nous partons récupérer la voiture, repérons au passage nos « amis » policiers au coin de la rue et partons. Nous prenons la même direction que la veille sauf que nous bifurquons vers le sud pour aller de l’autre côté du Lough. Nous avons décidé de déjeuner à Downpatrick avant de revenir sur Dundrum. Henry n’a pas chômé ce matin et a mis au point un stratagème pour semer les policiers, avec l’aide de Pàdraic et de ses contacts. Super, après « mon père est un terroriste tueur », voilà qu’on va jouer aux espions pour semer des flics. J’ai vraiment le chic pour me mettre dans des situations pas possibles moi. Et henry a le sourire aux lèvres. On dirait un gamin ; Il s’amuse comme un fou. Ca lui rappelle m’a-t-il dit, mai 68 où il était sous les camions de CRS à leur balancer des pavés dans les mollets et où il s’était fait courser jusque devant la porte de chez ses parents. Bref, il s’est pris au jeu, sauf que là, ce n’est pas un jeu.

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17 avril 2007

le mystère de mon paternel (partie 32)

Mon sommeil a été plein de rêves. Songes de guerre, de sang et aussi d’amour et de sexe. Il me semble que tous les événements de ces derniers jours se sont donnés rendez-vous dans ma tête. Pourtant, la présence rassurante de ce corps contre le mien ne m’a calmé que vers le petit matin. Comme bien des fois par la suite lorsque j’ai entamé une nouvelle relation, la nuit ne fut pas très bonne. La présence de Moyra, même si j’adore sentir un corps féminin contre moi, m’a empêché de bien dormir. Il faut un temps d’adaptation pour passer d’une habitude de nuit de célibataire à une nuit de couple. Encore maintenant, même si je suis heureux lorsque je ne passe pas une nuit seul, j’ai du mal à m’y faire après une période de célibat. Par contre, la possibilité, étant très tactile, de pouvoir caresser une peau douce, des courbes prometteuses et agréables est un truc que j’adore. Par exemple, pouvoir empaumer les seins de ma douce et tendre lorsqu’elle est collée à moi, son dos contre ma poitrine est une sensation que j’adore.

Mes songes donc. Sur le matin, le sang, le combat a cédé la place à d’autres corps à corps inspirés davantage par les dernières heures vécues entre les bras de Moyra. Le plaisir, même derrière mes paupières closes se fait ressentir. Une sensation diffuse d’abord qui s’empare de mon ventre puis me fait petit à petit revenir à la réalité. Alors que j’approche du réveil, c’est la sensation réelle de la douceur de ses lèvres qui montent et descendent en rythme qui m’éveille. Comment penser plus doux réveil ? Joueur, je n’ouvre pas les yeux, pas encore. La peur de la sentir et la voir stopper ? Je savoure cette sensation. Je gémis, emporté par le plaisir. Je finis par ouvrir les yeux et regarde cette tête monter et descendre sur mon sexe. Elle s’aperçoit que je suis éveillé et son regard se plante dans le mien, déterminé et malicieux à la fois. Elle accélère encore son mouvement. Elle me veut ainsi et me le fait savoir. Les rais de lumière filtrant à travers les rideaux me renvoient un tableau onirique. Je fonds dans ses yeux au moment ou la satisfaction de me sentir fondre dans sa bouche se lit.

Je reprends mes esprits et entreprends de lui rendre la pareille. Mon monologue s’installe à son tour. Je me fais virtuose, parcourant sa carte de l’amour et du plaisir du bout de la langue. Je joue de mon imagination, ressentant les différences de ses réactions en fonctions de l’intensité et des différentes caresses. La partition lui plait le tempo est bon, le rythme l’amène aussi au bord du gouffre et lorsque mes mains entrent en scène, elle rends les armes. Satisfaction et plaisir se lisent dans mes yeux, comme dans les siens plus tôt. Nous nous serrons l’un contre l’autre. Après la libération du plaisir physique, le plaisir de se sentir ensemble est là. Mais rapidement, les questions affluent.

« Moyra, tu sais que je vais devoir bientôt rentrer en France. Que va-t-on faire ? »

« Jack, je le sais. Ma vie est ici. Nous prenons du plaisir à être ensemble, nous avons pris du plaisir ensemble, mais nous ne pouvons construire quelque chose avec toutes ces différences. Peut être plus tard, dans quelques années, lorsque nous serons plus vieux, plus adultes alors nous pourrons peut être nous retrouver. Je sais que ces moments resteront dans ma tête, que mon petit français restera également dans mon cœur… »  Elle avait prononcé « français » en français justement et son accent me faisait craquer encore plus.

« Pas si petit que ça » un peu d’humour. Tentative de protection naturelle pour moi lorsque l’émotion est trop forte.

Elle en a sourit. « Non, pas petit. You know, I said… interesting… » Dit elle en posant sa main au niveau de mon bas ventre. Et alors que la réaction ne se fait pas attendre, elle ajoute « Jack, fais moi l’amour ». En bon gentleman, je me suis exécuté et je dois dire que la tâche était tellement plaisante et agréable qu’elle n’avait pas besoin de demander.

Posté par jackolantern à 10:13 - Ma vie - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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