jack-o-lantern

ma vie ressemble à un polar, j'ai décidé d'en retracer certaines étapes ici. Attention, vous allez être surpris. Mais est ce réel ou inventé ?

29 mars 2007

Le mystère de mon paternel (partie 28)

Vous est il déjà arrivé de vous retrouver dans un moment ou tout ce qui est alentour n’a plus aucun intérêt ? Ou les gens, le lieu, le temps, tout cela s’efface pour ne laisser que vous et la personne en face de vous ? Ou plutôt que tout ce qui vous entoure, vous et cette autre personne n’a tellement plus aucune importance, devient tellement insignifiant que cela semble disparaître, s’effacer ? Et bien, lorsque Moyra est venue vers moi, il n’y avait plus qu’elle. Il n’y avait plus aucun étudiant, plus aucun autre jeune, plus de musique, plus de pub, plus de rue, plus de Belfast. Il n’y avait plus qu’elle et moi.

« Je te cherchais dans le pub. Ce sont mes amis qui m’ont dit qu’ils t’avaient vu descendre puis sortir. Tu ne t’amuses pas ? »

« Et bien… euh… pour être réellement honnête, ce n’est pas facile de s’intégrer à un groupe d’amis déjà formé lorsqu’on ne connaît personne. Je ne suis pas un bon danseur, je ne suis pas avec mes amis, je ne suis pas chez moi. Bien que je me débrouille en Anglais, je ne suis pas complètement bilingue. Et puis il y a aussi tout ce qui est arrivé en peu de jours… Donc, je ne suis pas forcément dans un super état d’esprit pour faire la fête. Désolé… Même si te regarder danser est très plaisant… »

Elle rougit légèrement lorsque je prononce cette phrase.

« Que veux tu dire ? »

Cette fois, c’est moi qui rougis.

« Juste que tu danse vraiment bien… et que n’importe quel mec normalement constitué ne peut résister longtemps à regarder une aussi jolie fille danser aussi bien. »

Elle baisse les yeux et rougis à nouveau. Puis, elle fixe mon regard.

« Merci »

« Mais de rien, je ne dis que ce que je pense… »

Un silence gêné s’installe. Je finis par le briser, alors que nous nous regardions, aucun n’osant parler.

« Bon, je sais qu’il n’est pas très tard, mais j’ai eu une journée mouvementée et riche en émotions … de toutes sortes. Alors je vais rentrer à l’hôtel et te laisser t’amuser avec tes amis. On se voit demain. »

« Si c’est ce que tu veux… »

« C’est ce dont j’ai besoin pour me reposer et me sentir mieux. Après demain sera encore une journée bien remplie côté émotions. »

« Ok. Mes amis me raccompagneront, ne t’inquiètes pas. »

« Je ne m’inquiètes pas. Passe une bonne fin de soirée, une bonne nuit et fais de doux rêves. »

« Merci. »

Et avant que je ne m’éloigne, elle me surprend en m’embrassant d’un coup. Oh, ce n’est qu’un court baiser, mais mon cœur se met à battre très fort. Puis, elle repart en courant et entre dans le pub. Je reste comme un zombie quelques dizaines de secondes avant de faire demi tour et de prendre le chemin de l’hôtel, un sourire aux lèvres.

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28 mars 2007

Le mystère de mon paternel (partie 27)

La soirée se passe bien. Je rencontre donc certains de ces amis. Des étudiants plus âgés pour la plupart. Les tournées s’enchaînent. Les danses aussi. Au bout d’un moment, je la vois s’amuser avec ses amis, danser avec eux. Ils sont un groupe de 7. A les regarder, on sent qu’elle fait partie du groupe. Je me sens de trop, complètement. Il est toujours très difficile d’entrer dans un groupe déjà bien établi. Un groupe déjà formé, avec une histoire commune, avec un passé déjà, des évènements vécus en commun, des expériences est plus difficile d’accès qu’une forteresse défendue par une armée. Sauf si les personnes formant le groupe sont ouvertes vers l’extérieur. Et cette impression de solitude est accentuée par le fait que je sois un étranger, que je ne parle pas la même langue. J’ai beau bien parler l’anglais, entre eux, régulièrement ils mêlent des mots gaéliques, des expressions particulières, de l’argot à leurs discussions. Je me sens d’autant plus exclu.

Le malaise est tel que je descends, sors de la zone danse et m’installe au bar, une nouvelle pinte en main. Des souvenirs viennent. La mélancolie. L’alcool se fait triste. Je me revois quelques semaines plus tôt, à la soirée de fin des épreuves du BAC, avec mes amis sur Paris. Je suis quelqu’un qui aime la fête, les ambiances de joie, la musique, les soirées. Et pourtant, ce soir, je ne me sens vraiment pas à ma place. Le trop plein d’émotion du à ces quelques jours, à ces révélations est sûrement pour beaucoup dans mon état. La fatigue aussi. Je descend ma pinte, et finis par sortir. L’air frais me donne un coup de fouet, éclaire mes pensées. Qu’ais je donc espéré venant d’une fille aussi jolie que je n’ai rencontré que la veille ? Elle a sa vie ici, ses amis avec qui elle danse actuellement. Je ne fais pas partie de son univers et pourquoi en ferais je partie ? Je suis le fils de l’homme qui a fait enfermer son père, qui est donc à l’origine de la mort de son père et qui a tué sa mère. Je ne suis rien pour elle. J’ai déjà la chance qu’elle ne me rejette pas à cause de mon père. Je me perds à nouveau dans mes pensées.

Je ne sais pas combien de temps je suis resté assis sur le trottoir, devant le pub, avec d’autres jeunes. Mais j’émerge de mes pensées lorsqu’une étudiante vient me demander si j’ai du feu. Je relève la tête Une petite brunes aux yeux rieurs est penchée vers moi, me donnant une vue intéressante sur les avantages que la nature, dans sa générosité lui a donné. Je ne fume pas, donc je n’ai pas de briquet. Mais elle ne se laisse pas démonter.

« Tu es un ami de Moyra, tu étais avec elle dedans. » et ce n’est pas une question.

« Oui. Enfin un ami, c’est beaucoup dire. Je la connais à peine. »

« Tu n’es pas Irlandais. Tu viens d’où ? »

« Je suis Français. Mais d’origine Irlandaise par mon père » (et j’hésite à ajouter : malheureusement).

« Cool… A ce qu’on dit, ce sont les meilleurs amants du monde… Moyra a de la chance… Au fait, moi, c’est Margot, mais tout le monde m’appelle Margie. »

« Moi c’est Jack. Mais je connais à peine Moyra, je te l’ai dit. Je ne suis pas avec elle. »

« Oui, mais à voir comment tu la dévorais des yeux, tu es sous le charme, ensorcelé »

« Mais non… J’admirais juste sa façon de danser. Moi qui danse avec autant de grâce qu’un rhinocéros… »

Bon, forcément, mes regards n’avaient pas été subtils donc toute la salle avait du s’apercevoir de ce que je ressentais vis-à-vis de Moyra. Je me sens complètement nu à cet instant, rougissant, comme un écolier. Je ne veux plus qu’une chose, rentrer et me pelotonner sous les couvertures. Je me lève, me retrouve face à Margie et lui dit :

« Je suis désolé Margie. Tu te trompes. J’aurais bien continué à bavarder avec une aussi jolie demoiselle, avec des arguments aussi… convainquants, mais demain je dois me lever de bonne heure et je pense donc que je vais rentrer à l’hôtel. Tu pourras dire à Moyra que je suis rentré ? » Oui, j’ai fait fort à ce moment là, je me suis lâché. Margie sourit à l’évocation de ses charmes.

« Oui, je sais que ma personnalité… plait aux mecs… Bon, je comprends. C’est dommage que tu ne restes pas… »

Je me retourne alors vers le pub et vois à ce moment Moyra en sortir.

« Et bien tu vas pouvoir lui dire toi-même que tu rentre »

Et Margie repart en croisant Moyra, entre à nouveau dans le pub et disparaît.

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27 mars 2007

Le mystère de mon paternel (partie 26)

Notre conversation se poursuit au rythme de notre promenade alors que le soir laisse encore quelques lueurs de soleil poindre entre les immeubles résidentiels et les maisons. Le quartier étudiant s’anime et les pubs commencent à se remplir. Les groupes musicaux jouent dans certains pubs. Autant le quartier des alentours du Town Hall (là où notre hôtel se trouve) est calme dès la fin de la journée, autant le quartier des facs est à l’inverse en effervescence. Ici, on vit et festoie la nuit. La température est bonne. Un petit vent s’est levé, mais léger. Le temps est clément. Bref, je suis bien. Nous stoppons au bout de Victoria’s street. Aileen fait signe à un Black Taxi. Nous nous faisons la bise, elle glisse quelques mots à l’oreille de Moyra, ce qui fait sourire cette dernière, puis monte dans le taxi pour rentrer. Je me retrouve donc enfin seul avec mon ange.

Une fois le taxi disparu au coin de la rue, Moyra me prends la main et m’entraîne vers un pub. « Viens, j’ai envie de danser »

Je n’ai pas l’occasion d’esquisser une réponse dans le style « euh, la danse et moi, ça fait 8 » que nous voilà engagé dans une petite rue un peu plus loin, en direction d’une Maison assez haute, d’où s’échappe de la musique, avec déjà quelques groupes d’étudiants assis sur le trottoir devant l’entrée : Le Fly. Mais en cet endroit, à ma grande surprise, point de musique traditionnelle Irlandaise, point de violons enjoués ni de gigue. La musique qui s’échappait de ce pub était une musique très rythmée de style cubaine, brésilienne et autre danses de cet acabit : la Salsa avait envahit Belfast et la jeunesse Irlandaise, sûrement saoulée de musique traditionnelle et de la grisaille ambiante s’évadait, sitôt la nuit tombée sur les cadences balancées de ces rythmes chauds et endiablés. C’est bien ma veine, moi qui suis plus proche d’une plaque de bois côté souplesse et qui ne suis qu’un piètre danseur, je me retrouve à accompagner mon ange roux dans un pub salsa.

Heureusement pour moi, le rez-de-chaussée est un pub traditionnel. J’ai donc prétexté aussi longtemps que je le pouvais la pinte de Guiness que je tenais à la main pour échapper au déshonneur du ridicule, jusqu’à ce que son caractère l’emporte. Donc, alors qu’elle trépigne de plus en plus sur place, ondulant son corps parfaitement moulé dans sa robe verte en rythme, alors que pour la énième fois, je lui montre que je n’ai pas fini ma pinte pour refuser son invitation, elle me prends le verre des mains, fini d’un trait le breuvage (sacrilège, ma Guiness !!!), pose le cadavre de verre sur le comptoir puis m’emmène vers l’étage. Chose assez bizarre, l’accès à l’étage est payant. Pas très cher, bien sur, mais le principe m’a surpris sur le coup. Nous montons donc, munis de nos tickets et nous mêlons à la foule des étudiants qui se déhanchent et virevoltent. Et bien ce soir là, j’ai pris un cours de salsa. Bon, je suis toujours aussi mauvais, mais sur le coup, rien de plus agréable qu’un cours de salsa donné par une aussi charmante demoiselle. Autre remarque du moment, Moyra sait très bien se servir de son corps et le mettre en valeur. Durant la soirée, elle me présente à certains de ses amis, mais je n’ai clairement d’yeux que pour elle. Un véritable ange qui bouge avec autant de sensualité. Je suis définitivement sous le charme, hypnotisé.

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26 mars 2007

le mystère de mon paternel (partie 25)

Aileen et Henri nous regardent descendre. Henri signale alors que les demoiselles sont invitées à dîner en notre compagnie au restaurant de l’hôtel si elles le désirent. Regard rapide entre elles et elles acceptent. Nous nous dirigeons alors vers la salle du restaurant et nous installons. Henri et moi d’un côté, Aileen et Moyra en face. Le repas s’est déroulé normalement, chacun parlait un peu de lui. Ma grande tante, curieuse de la vie que l’on mène à Paris nous bombarde de questions auxquelles Henri et moi répondons de notre mieux. Les questions habituelles sur ce que nous (Moyra et moi, les jeunes) voulons faire de notre avenir, nos passions. J’ai donc l’occasion de détailler davantage Moyra et Aileen. La première, j’en ai déjà parlé, je la trouvais craquante. La seconde, pleine d’une histoire qui l’a marquée, est une femme de caractère. La guerre lui a pris son mari, elle a du très vite vivre seule. Elle est respectée, a une certaine autorité naturelle. C’est une vraie guerrière.

Je vais revenir à Moyra. D’une part parce qu’elle aussi a eu une vie difficile. Parents morts alors qu’elle était très jeune : le père en prison et la mère tuée par mon père. D’ailleurs, chose à souligner, elle aurait pu me haïr pour ce que je représente, le fils du meurtrier de sa mère. Mais non. Elle reste à l’écoute, comprend que je ne suis pas comme lui, que je veuille quand même le rencontrer malgré ce que je sais de lui et de son passé. Mais si Moyra a été marquée par sa vie, elle ne le montre pas. Elle semble heureuse chez les voisins d’Aileen et épanouie. Par contre, elle montre une maturité assez importante et s’intéresse à la conversation adulte que nous avons. Bien sûr, le sujet de mon père et de ma quête de vérité vient sur le tapis. La rencontre va donc se prévoir pour jeudi, soit dans deux jours et hors de Belfast. Nous allons donc devoir jouer les touristes, Henri et moi pour les deux jours à venir. Moyra se propose de nous servir de guide pour Downpatrick et les petits villages de la péninsule d’Ards et du Lough. La rencontre avec mon père se fera dans les ruines du château de Dundrum, près de Newcastle.

Fin du repas. Aileen va rentrer, Henri va aller se coucher. Ma sieste m’a reposé et je n’ai pas sommeil, d’autant qu’il est encore très tôt. C’est Moyra qui propose que nous allions faire un tour car elle n’a pas très sommeil elle non plus. Henri me regarde, mi amusé mi inquiet. Je le rassure. Je ne connais pas forcément la ville, mais Moyra si, et je suis assez grand. Je ne ferai pas de bêtises, promis… Nous partons donc nous promener avec mon ange roux, j’ai cru déceler une petite lueur dans son regard vert d’Irlande. Avant de sortir, Henri me fait quand même promettre de ne pas rentrer trop tard. Aileen nous accompagne un peu, et la discussion se poursuit, sur le fait que si la présence policière est conséquente, au moins, cela donne une grande sécurité à la ville, et les gens, jeunes et moins jeunes peuvent donc se promener jusque tard sans crainte. Elle se rappelle sa jeunesse et nous signale que ce n’était pas forcément le cas à cette époque là du fait des couvre-feux et des périodes de troubles où Catholiques Républicains et Protestants Unionistes ne pouvaient cohabiter sans heurts. Nous nous dirigeons vers le quartier des facultés où la jeunesse prend d’assaut les pubs en soirée.

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23 mars 2007

le mystère de mon paternel (partie 24)

Mes rêves ont été un mélange de tout ce que j’avais vécu durant ces quelques jours. Et bien sur, l’ange roux aux si doux yeux verts est venu y faire un tour. Mais ce sommeil est interrompu après deux heures. On frappe à ma porte. J’émerge lentement, et la voix encore pleine de sommeil, je dis d’entrer. L’heure affichée par ma montre me fait penser que c’est Henri qui vient me réveiller pour le dîner. Aussi, je ne prends pas la peine de me rhabiller et suis en caleçon lorsque Moyra Gallagher entre donc dans la chambre, faisant apparaître sur mon visage la surprise et la gène de se faire surprendre ainsi. Rougissant, je tire tant bien que mal les draps pour couvrir ce que je peux. Elle pouffe devant ce geste de pudeur.

« Excuse moi, je pensais que c’était Henri… »

« Oh ne t’inquiètes pas. Tu sais, j’ai bientôt 18 ans et je sais comment sont les hommes. »

Devant son regard plein de malice et son sourire moqueur, je me lève et m’habille rapidement. Elle profite du spectacle sans gène et à ce moment, je me demande comment je dois prendre sa dernière phrase. Soit elle me fait un compliment et trouve que je suis un homme, soit elle se fout de moi et me compare aux hommes qu’elle a déjà vus ou déjà eu, de vrais hommes eux. Je suis donc perplexe, absorbé par ces pensées hautement philosophiques lorsque je percute enfin sur sa présence. Décidément, au réveil, j’ai du mal.

« Euh, une question : Tu es là pourquoi ? »

« Et bien nous avons appris pour votre galère de cet après midi alors Aileen est allée elle-même contacter ton père. Il a su lui aussi ce qu’il s’était passé. Du coup, les flics risquent de vous surveiller Henri et toi. Donc le rendez vous est maintenu pour jeudi, mais il va falloir faire les touristes pour ne pas attirer l’attention. Aileen est en train de discuter avec Henri. »

Une fois habillé, je prends le temps de la regarder moi aussi. Elle a vraiment un visage d’ange, les pommettes hautes, des traits fins, des yeux très légèrement en amandes d’un vert profond, un nez fin qui se fronce légèrement lorsqu’elle sourit, des fossettes qui lui donnent un charme fou et ces boucles rousses qui tombent en cascade. Sans oublier une peau pâle et des taches de rousseur mais pas trop nombreuses. Mais elle a aussi un corps harmonieux. Fin sans être maigre, des formes là où il faut. J’essaie de la regarder sans être trop insistant, mais elle capte mon regard et s’en amuse. Mutine, elle se cambre davantage, mettant en valeur le décolleté de sa robe verte. Du coup, rageur de m’être fait capter, je me plonge dans le laçage de mes chaussures. Je me relève et amorce une sortie de la chambre. Nous nous retrouvons au niveau de la porte ensemble et je sais qu’elle l’a fait exprès. Je lui cède le passage et sciemment, elle me frôle en passant devant moi et en me remerciant. Nous descendons pour rejoindre Aileen et Henri dans le hall de l’hôtel.

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22 mars 2007

le mystère de mon paternel (partie 23)

Le blond revient s’asseoir en face de moi. Le brun se rassoit également. Le blond reprend la parole :

« Bon, on reprend. Pourquoi tu étais dans ce pub, dans la partie des membres ? »

« Je vous l’ai déjà dit. Je recherchais des renseignements sur mon père. Ces personnes en avaient peut être, un point c’est tout. »

« Donc ton père fait partie de l’IRA ou en a fait partie… »

« Je n’en sais rien. Mais des O’Connell, ce n’est pas comme s’il y en avait un seul ici. Je ne fais que chercher. Je ne sais rien de mon père. C’est pour cela que je suis là et que j’étais dans ce pub. »

Et ainsi de suite durant près d’une demie heure non stop. Au bout d’un moment, je connaissais mon texte par cœur. Je leur ai resservi la complainte une bonne dizaine de fois, ne m’éloignant pas de ce que j’ai dit dès le début.

Puis un homme frappe à la porte. Le blond se lève va le voir. Il revient, parle à l’oreille de son collègue.

« Bon, ok, tu es bien arrivé avec ton beau père samedi, tu es bien à cet hôtel, tu es bien allé visiter la Chaussée des Géants. Nous avons vérifié. Du coup, nous n’avons aucune raison de ne pas te croire. Ton beau père a corroboré tes dires, ainsi que les autres gars qui étaient en haut du pub, dans l’espace privé. Nous allons donc vous relâcher, ton beau père et toi. Tu vas signer ta déposition. »

J’ai donc signé, non sans avoir relu afin de vérifier que ce qui était écrit correspondait bien à ce que j’avais dit et je suis sorti de la salle. Henri sortait d’une autre salle au même moment et nous nous sommes retrouvés dans le couloir. Des policiers nous ont raccompagné jusqu’à l’hôtel en voiture. Nous remontons dans nos chambres. Cette nouvelle épreuve, très difficile moralement m’a épuisé. Nous avons un peu discuté avec Henri puis je suis allé directement me coucher, vidé alors que lui allait téléphoner à maman.

Je pense que le fait que nous ne soyons pas Irlandais et que nous ayons visité et fait du tourisme nous a grandement aidé. Pàdraic, Corey, Barry et Darren sont toujours en audition. Ils risquent de passer la nuit au poste de police. J’espère seulement que toute cette histoire ne m’empêchera pas de rencontrer mon père. Je ne sais pas si nous allons être surveillés ou pas. Mais je pense qu’il va falloir faire attention quand même. Henri est d’accord avec moi. Nous devons être très prudent. Il n’est que 17h, mais je suis mort de fatigue. Je sors le précieux morceau de papier sur lequel sont écris les coordonnées d’Aileen de mes poches. Les policiers n’y ont pas fait attention. J’ai de la chance sur ce coup. Je m’endors en serrant ce papier dans ma main, ce papier qui est le seul lien qui me relie encore à mon père. Alors que je m’endors, d’autres images envahissent mon esprit : celles d’un ange roux, aux doux yeux verts…

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21 mars 2007

Le mystère de mon paternel (partie 22)

« Bon, ok. Je suis Français de père Irlandais. Mon père est parti et nous a abandonné ma mère et moi alors que j’avais deux ans. Je suis venu ici pour le retrouver. Je ne connais pas ces gens. Tout ce que je sais c’est qu’ils ont peut être des infos sur mon père. Je ne connais pas ce pub. Mon beau père m’accompagne dans cette quête. Je ne sais pas ce que j’ai fais de mal et je ne sais pas ce que je fais là. Je ne sais rien de ce qu’il se passe et surtout je ne veux pas m’en mêler. »

« Moi, je pense que tu es une jeune recrue de l’IRA. Et comme ces enfoirés ont recommencé à poser leurs putains de bombes, on va marquer un grand coup. Long Kesh va de nouveau se remplir. Mais peut être qu’il y aura des mecs qui pourront s’en sortir. Si par exemple tu nous dis tout ce que tu sais. »

« Mais je ne sais rien. Ecoutez, vérifiez par vous-même, mon beau père et moi sommes arrivés samedi depuis la France. Nous sommes à l’hotel, nous avons visité hier la Giant’s Causeway, nous avons mangé à Ballycastle. » Et j’ajoute avec un aplomb et un défi qui me surprennent moi-même : « Mais je ne sais pas, peut être que le tourisme est considéré comme un acte de terrorisme par la police ici ».

Je sens que j’ai été un peu loin pour un gosse de mon âge, car devant eux, c’est tout ce qu’ils ont : un gosse qui fait l’homme, qui est à la limite de pisser dans son froc et qui pourtant, sur un sursaut d’orgueil et de caractère, joue les bravaches. Mais en même temps, ils ne peuvent rien laisser passer, et je comprends tout à fait la situation dans laquelle ils sont : la guerre a repris. Aujourd’hui, il y a eu 8 blessés. Peut être que les poseurs de bombes qui ont fait ces blessés n’étaient pas plus vieux que moi. A voir les deux activistes Barry et Darren, ils ont à peine quelques années de plus que moi et pourtant, ils semblent être des vétérans. Toujours est il que le gros blond ouvre la porte, aboie des ordres alors que le brun tout sec se penche d’une manière menaçante vers moi et me chuchote :

« Ecoutes moi bien petit con, tu ne te rends pas bien compte de la situation. Il y a eu deux attentats ce matin à Londres, deux bombes qui ont fait 8 blessés, revendiqués par l’IRA. Une mère a perdu une main alors qu’elle jetait un papier à la poubelle et son fils de 5 ans sera sourd à vie et à eu la moitié du visage emporté par l’explosion. Oh bien sûr, c’était deux commissariats qui étaient visés, mais il y a du passage devant ces commissariats. Nous t’avons ramassé, toi et ton beau père dans un pub qui est clairement un soutient presque officiel à l’IRA. Alors si j’étais toi, je ne jouerais pas avec le feu, surtout lorsqu’on ne sait pas le manier… Alors maintenant, tu balance tout ce que tu sais et j’essaierai de faire abstraction de l’envie de prendre ta tronche de petit connard de Franco-Irlandais pour un punching-ball. Ok ? »

Là, je sens cette goutte de sueur froide, vous savez, celle qui vous semble glacée alors que tout votre être n’est que chaleur à cause de la peur, de la situation de merde dans laquelle vous êtes, descendre le long de mon dos. Je transpire. J’ai la gorge sèche et je sais que ces flics ont reçu des ordres stricts et qu’ils feront leur job avec zèle tellement la haine de ceux qui ont posé ces bombes est grande en eux. Et je les comprends. Comment peut-on faire autant de mal à des civils qui ne sont pour rien dans toute cette histoire et qui n’ont fait qu’être au mauvais endroit au mauvais moment ? Là, à ce moment, je me rends compte de la galère dans laquelle je suis et dans laquelle j’ai entrainé Henri.

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20 mars 2007

le mystère de mon paternel (partie 21)

Nous sommes donc emmenés, répartis dans trois fourgons du DCU West Belfast, surveillés de près par des policiers en arme, les menottes aux poignets et rattachées au fourgon. Dans ma tête, c’est la tempête. Je vais finir en taule pour être le fils d’un terroriste. Mais je suis trop jeune pour aller en prison, et puis je n’ai rien fait, je ne voulais que trouver mon père, le rencontrer. Ce n’est pas criminel ça. Et j’ai entrainé Henri. Et ma mère qui est restée en France, comment elle va faire ? Elle va m’engueuler, c’est sûr. Et mon père, quelqu’un va le prévenir ? Il doit savoir que je suis là, savoir que je le cherche. Que va-t-il faire ? Est-ce qu’il en a seulement quelque chose à faire de moi ? Et comment vais-je me sortir de là ? Comment la suite va se passer ? Bref, je n’arrête pas, je cogite. Je ne sais pas ce que je vais pouvoir dire, ce qu’il va se passer. Je dois dire que je n’en mène pas large, j’ai peur et j’angoisse. Mais bon, je n’ai rien à me reprocher alors je me raccroche à cette pensée.

Nous restons dans la ville, la « balade » ne dure pas longtemps. Nous sommes sortis sans ménagement et conduits dans différentes salles. Je me retrouve assis sur une chaise, les mains posés sur une table et deux policiers devant moi. Bon, c’est super impressionnant. Ils n’ont pas l’air commode. L’un d’eux a une certaine corpulence, blond, avec des yeux bleus clairs. L’autre est fin, un visage aux traits taillés à la serpe, brun, les yeux noirs et une moustache fine tombante sur les cotés de la bouche. Un peu plus loin, un troisième que je ne distingue pas est devant un écran de PC.

« Nom, prénom, date de naissance, profession »

C’est direct, froid. « Jack O’Connell, 16 décembre 1976, étudiant »

« Pas Irlandais ? »

« Non, Français »

« Français ? Mais d’origine Irlandaise avec un nom pareil. »

« Oui. Mon père est Irlandais. »

« Et tu es venu voir ta famille ? »

« C’est ça. »

« Que faisais tu au Club ? Tu sais que c’est un Club de soutien à l’IRA ? »

« Non je ne le savais pas. Je discutais juste avec des gens rencontrés plus tôt et avec mon beau père qui m’accompagne. » (je sais, c’est pas bien de mentir, mais je me voyais mal leur dire que je recherchais mon père Liam O’Connell, oui, celui là, vous savez, celui qui fait sauter régulièrement des bombes)

« C’est ça, ne nous raconte pas des cracks. Tu étais dans la partie réservée du Club, la partie membre, en compagnie de quatre membres ou anciens membres de l’IRA et tu veux nous faire croire que tu ne le savais pas ? »

Bon, c’était mal barré. Forcément, ce n’était pas dans mes habitudes d’inventer comme ça de but en blanc des bobards pour les flics. Comme si je passais régulièrement des interrogatoires de la police. Et bien sûr que fait on dans ces cas là ? deux solutions, soit on s’entête, soit on déballe la vérité.

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19 mars 2007

le mystère de mon paternel (partie 20)

Henri, Pàdraic et Corey se sont levés aussi. Henri me prend le bras, plus pour me retenir et me calmer qu’autre chose. Barry a la lèvre inférieure explosée. Il a été surpris par la rapidité de mon geste. Il ne pensait pas que je réagirais ainsi. Il se relève lentement, s’essuie la bouche d’un revers de la manche et souris. Darren lui, n’a pas bougé, souris aussi. Je ne comprends plus rien. Barry s’approche alors de moi. Il est plus carré que moi. Sans ma vitesse de réaction et la violence que j’ai mis dans le coup, je ne sais pas si j’aurais pu tenir contre lui. Je suis donc sur mes gardes, mais contre toute attente, il me tend la main, souriant malgré le sang qui coule de sa lèvre tuméfiée. « Y a pas à dire en tout cas, tu as le caractère de ton père. Content de te rencontrer le Frenchie ». Incrédule, je serre sa main. Darren se lève alors à son tour et me tends également la main. « Je suis ton cousin éloigné, petit fils du frère de ton grand père paternel. Excuse Barry, mais il fallait que l’on sache exactement ce que tu voulais et on a tiré au sort celui qui devait t’asticoter un peu. Barry a perdu. Il faut que l’on soit prudent, surtout depuis ce matin. »

Pàdraic sort de la poche de sa veste un paquet de mouchoirs en papier et le tend à Barry. Il le remercie d’un signe de tête avant de se rasseoir. Tout le monde se rassoit, moi y compris et je commence à me détendre. Je ne m’étais pas aperçu que j’avais toujours les muscles tendus au possible. En tout cas, après toutes les nouvelles reçues en quelques jours, la tension accumulée, cette explosion, brève mais intense a été bénéfique. Je m’excuse auprès de Barry.

« Ne t’inquiètes pas, c’est un risque. En tout cas, sacré punch. »

Darren prends alors la parole. « Bon je pense que nous allons t’emmener rencontrer ton père. Pas aujourd’hui car il n’est pas dans les parages, mais Jeudi. On va se retrouver ici même jeudi matin, à 9h30. Ensuite, nous t’accompagnerons jusqu’à lui. Après, ce sera à vous deux de régler vos histoires. Le ciel décidera si Liam et toi allez vous entendre. »

Darren me parle alors un peu plus de mon père, de la cause… Nous discutons durant plus d’une heure. Il répond à toutes mes questions, sans hésiter. Je finis quand même par lui demander :

« Mais pourquoi uniquement Jeudi ? »

Darren n’a pas le temps de répondre. Du bruit se fait entendre en bas : une bousculade, des cris. Une cavalcade dans l’escalier, plusieurs personnes montent. Je vois l’inquiétude sur les visages de Darren et Barry. Plusieurs hommes font irruption en hurlant « Police », « Freeze » et tout plein de phrases que j’ai du mal à saisir dans la panique ambiante. Ils sont une dizaine. Certains ont un pistolet en main en nous tiennent en joue. Nous sommes violement maîtrisés, alors que nous n’offrons aucune résistance, menottés, le visage appuyé contre la table, j’entends des « fuck, asshole, cocksucker » et autres joyeusetés dans le genre. Puis on nous emmène assez durement. Henri essaye tant bien que mal d’expliquer que nous sommes tous deux français mais en vain, nous sommes emmenés avec les clients du pub, le personnel, bref, tout le monde. Une vraie rafle.

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16 mars 2007

Le mystère de mon paternel (partie 19)

Nous approchons et la porte s’ouvre devant nous. Nous sommes donc attendus. Le colosse rouquin nous accueille et tient la porte pour nous. Dedans, Bryan, le chauve barman pose la pinte qu’il était en train d’essuyer et  me fait un signe de la main, m’indiquant l’escalier du fond. Le pub est plutôt vide. Il n’y a que trois tables avec des clients. Nous montons donc l’escalier et arrivons à l’étage. Deux salles en enfilade, un deuxième bar, des tables, des chaises. Pàdraic est là, assis avec deux hommes que je ne connais pas et Corey. Pàdraic désigne deux chaises vides. Henri et moi y prenons place. Pàdraic fait les présentations.

« Barry Collins et Darren O’Fathaig, voici Jack O’Connell et Henri Blivier »

Je suis étonné de les trouver aussi jeunes. Ils doivent avoir entre 20 et 23 ans. Barry est brun, cheveux mi longs, yeux noirs, Darren est blond aux cheveux courts, yeux verts. Ils ont encore un visage jeune et pourtant ils sont marqués.

Barry est plutôt agressif et taciturne. Il prend tout de suite la parole :

« Alors comme ça, tu serais le fils de Liam. Bon, ok, tu as une ressemblance avec lui, mais qu’est ce qui prouve que tu es son fils et pas un putain de flic qui voudrait bien se faire mousser par ses chefs pour la prise d’un meneur activiste comme Liam ? »

Moi : « Ok, je n’ai pas d’autre moyen que de montrer mes papiers mais qui pourraient aussi être faux. J’ai aussi ce petit papier avec l’écriture de mon père et cette ressemblance physique, mais c’est tout ce que j’ai. Quand à une hypothétique envie de me faire mousser par mes chefs, étant tout juste bachelier, je ne bosse pas encore. Et vous pensez réellement qu’ils seraient allés chercher des flics parlant Français sans aucun accent juste pour prendre le grand Liam O’Connell ? » (la dernière phrase, je l’ai dite en Français, avec beaucoup d’ironie puisque je ne sais quelle est la notoriété de mon père). Je vois Darren sourire justement à cette dernière phrase et je me doute qu’il parle donc Français.

« Et où étais tu durant ces années où Liam affrontait le pouvoir oppresseur des Anglais ? Tu te la coulais douce en France dans les jupes de ta mère ? Cette putain qui a voulu détourner Liam de la cause en lui faisant une tapette de g… » Je ne l’ai pas laissé finir. Je me suis levé et mon poing est parti directement s’écraser sur son menton, l’envoyant rouler au sol sous la violence du choc.

« Espèce de connard. Je t’interdis d’insulter ma mère. Si tu profères encore une seule fois une insulte vis-à-vis d’elle, je te fais bouffer tes dents. D’ailleurs, je t’interdis de parler d’elle. Mon père nous a laissé tomber, elle et moi alors que j’avais 2 ans. Sans aucune explications. Nous ne savions pas s’il était vivant ou non. Alors j’estime avoir le droit de savoir ce qu’il est devenu et de le rencontrer. Oh rassure toi, je ne compte pas m’immiscer dans votre guerre qui fait plus de mal au peuple Irlandais que de bien et qui a peut être trop duré. Je ne vous gênerai pas. Je veux juste le rencontrer et discuter avec lui. Et ce n’est pas un putain de jeune con comme toi qui va m’en empêcher… »

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